LE FILM DU MOIS DE MAI

EVOLUTION
Film hongrois de Kornél Mundruczó (2022 - 1h37min - VOST), avec Lili Monori, Annamária Láng, Goya Rego...

Un sujet particulièrement difficile et délicat abordé de manière hors normes : bien-venu dans ce bijou artistiquement exceptionnel et scénaristiquement fulgurant.
De la Seconde Guerre Mondiale au Berlin contemporain, le nouveau film du réalisateur de White God (2014), La Lune de Jupiter (2017) et Pieces of a Woman (2021) suit trois générations d’une famille marquée par l’Histoire. La douleur d’Eva, l’enfant miraculée des camps, se transmet à sa fille Lena, puis à son petit-fils, Jonas. Soit trois épisodes pour filmer la vie, les gens, le monde comme un opéra et des mouvements de caméra qui font battre le cœur. Le premier se déroule intégralement dans un souterrain humide, avec des hommes en manteau de cuir frottant le sol et les murs, interrompus dans leur tâche par le cri d’un enfant dans un Auschwitz libéré par l’Armée rouge. Et le dernier plan de cette première partie dévaste.

Le second segment se déroule à Budapest, le bébé est devenu une vieille dame qui ne se souvient plus très bien et qui converse avec sa fille, tout juste divorcée. Dans le troisième, la vieille dame n’est plus et le petit fils, humilié par ses camarades de lycée, s’imagine que la vie est dégueulasse, mais peut-être qu’un truc appelé l’amour est plus fort que toutes les dégueulasseries.

Le tout en trois longs plans-séquences virtuoses, emballé, c’est pesé.

Kornél Mundruczó et sa scénariste Kata Wéber signent une œuvre choc phénoménale, sur le fond et sur la forme, sur l’impact de l’Holocauste à travers les générations. Transmission des traumatismes, désir et possibilités de s’en affranchir, devoir de mémoire et envie de s’alléger d’un poids très lourd, silence et incontinence verbale, inondation et incendie : Evolution tire de très nombreux fils de douloureuses et complexes réflexions et explore avec une rare intensité un sujet écrasant.

Mis en scène avec une virtuosité et une créativité immersive étourdissantes, le film met parfois la barre très haut dans le registre de l’âpreté, de l’impétuosité et la radicalité, mais c’est ainsi qu’il réussit à ouvrir une fenêtre très personnelle sur de nouveaux horizons pour un sujet monstrueusement universel.

(merci Chaos Reign !)


LE FILM DU MOIS DE MAI Fermer