LE FILM DU MOIS DE MARS

“STILL RECORDING”
Film syrien de Saaed Al Batal & Ghiath Ayoub (2019 - 2h08min - VOSTFR)
avec avec Saaed Al Batal

Attention, ce film est une bombe ! Entre le reportage de guerre façon Robert Capa et l’efficacité/sobriété du cinéma des frères Lumière, Still Recording marque à la fois l’écrasante victoire du cinéma sur la télévision et l’apothéose d’un certain cinéma du réel qui descend dans la rue, caméra à la main, pour filmer le réel immédiat. En 2011, Saeed Al Batal, la vingtaine, étudiant ingénieur, décide de quitter Damas pour Douma dans la Ghouta orientale afin de participer à la révolution syrienne. Il sera rejoint plus tard par son ami Milad, peintre et sculpteur, alors étudiant aux beaux-arts de Damas. Dans Douma libérée par les rebelles, l’enthousiasme révolutionnaire gagne la jeunesse, puis c’est la guerre et le siège...
Dès lors, en plus de la lutte classique, un autre combat émerge comme une évidence pour Saeed qui va à sa manière créer et former une armée de vidéastes pour témoigner du réel. Afin de leur montrer l’importance de documenter les événements et de leur inculquer les méthodes pour le faire, Saeed partage avec ses élèves sa citation préférée : « L’image est la dernière ligne de défense contre le temps ». Pendant plus de quatre ans, Saeed, Milad et d’autres filment leur quotidien rythmé par les bombardements, les enfants qui poussent dans les ruines qu’on graffe, les rires, un sniper qui pense à sa maman, la musique, la mort, la folie, la jeunesse, la débrouille, la vie. Still Recording est autant une ode au travail de ces photographes et vidéastes qu’un document sur les faits. Souvent, on a du mal à savoir ce qui se passe, car rien ne ressemble plus à une journée de destruction qu’une autre journée de destruction. Ainsi, ce n’est pas de la guerre qu’émergent les moments les plus puissants du film, mais des scènes où l’on voit combien les gens sont capables de survivre dans leur quotidien.
Radiographie d’un territoire insoumis, Still Recording c’est plus que jamais 24 fois du cinéma par seconde : un regard d’une densité exceptionnelle sur la guerre dans un mouvement de cinéma et d’humanité saisissant.

LA BANDE ANNONCE DU FILM


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