LE FILM DU MOIS DE DÉCEMBRE

“LILLIAN”
Film autrichien de Andreas Horvath (2019 - 2h08), avec la sublime et boulversante Patrycja Planik.

Pour celles et ceux qui ont toujours rêvé d’un Into the wild au féminin, ce rêve vient d’être plus encore qu’exaucé, totalement sublimé !
Lillian, échouée à New-York, décide de rentrer à pied dans sa Russie natale. Seule et déterminée, elle entame un long voyage à travers l’Amérique profonde pour tenter d’atteindre l’Alaska et traverser le détroit de Béring…
Résumer en deux mots ou quelques lignes ce premier long métrage inclassable, c’est risquer de le trahir. À l’instar de son héroïne, le réalisateur s’affranchit de toutes les barrières pour nous offrir un road-movie atypique, tout à fait captivant, intrigant et totalement libertaire. Tout débute par un étrange entretien d’embauche. D’emblée la jeune femme, indomptable, inverse le rapport de force. Sans même avoir encore pris la route, Lillian sort déjà des sentiers battus ! Cette première scène campe en quelques secondes ce très beau personnage viscéral et organique, qui n’a pas fini de nous dérouter. Pourquoi se met-elle en marche ? On n’en aura jamais l’explication verbale. Si le film peut être vu comme un très bel essai sur la solitude et la détermination, le road-movie est ici un véritable ressort pour explorer l’Amérique.
Déterminée mais quasi mutique, les silences de Lillian sont plus éloquents que tout badinage, tant ils laissent la place aux bruits, rumeurs et discours ambiants du pays. Progressivement l’atmosphère trumpienne s’installe en nous, jusqu’à nous faire voyager dans un univers sensoriel plus parlant que n’importe quels mots. On ne fait pas qu’observer l’Amérique profonde, on est imprégnés par son odeur, par ses pensées. Atomisés par la beauté de ses paysages grandioses, émus par ses campagnes industrieuses et pourtant pouilleuses, subjugués par sa frénésie productiviste, son indigence culturelle parfois.
Nous voilà, à l’instar de Lilian, saturés de malbouffe et de sodas, abrutis par la radio qui diffuse en continu blagues limites et conseils météorologiques. « Il est temps de tondre la pelouse » nous conseille-t-on, « de sortir le barbecue, puis de le rentrer et de plier les transats ». Pendant ce temps Lilian marche, d’un pas tenace, hypnotique, semblant presque insensible au soleil qui plombe, à la pluie qui transperce, à la neige qui paralyse. Ignorante de ceux qu’elle croise durant quelques instants fugaces, désormais indifférente aux rares mains tendues. De plus en plus étrangère au restant de l’humanité, au fil de sa progression, elle abandonnera derrière elle, comme de vieux oripeaux, ses efforts pour paraître, pour correspondre aux standards sociétaux.
Lillian incarne alors définitivement le symbole d’une liberté sauvage.

LA BANDE ANNONCE DU FILM


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