LE FILM DU MOIS DE JANVIER

“BORDER”
Film suédois de Ali Abbasi (2019 - 1h50min - VOSTFR)
Eva Melander, Eero Milonoff, Jörgen Thorsson...

Il est des films dont il est difficile de parler sans gâcher la surprise, et Border, à la frontière (sans jeu de mot) des genres en fait partie. Entre film policier, fantastique et comédie, cet ovni venu du grand Nord se mue dans un réalisme magique et offre un plaidoyer pour la différence rempli d’humanité. N’ayons pas peur des mots, Tina est moche ! Elle est douanière, et d’une efficacité redoutable grâce à son odorat extraordinaire. C’est presque comme si elle pouvait flairer la culpabilité d’un individu. Son visage et ses prouesses olfactives la font décidément plus s’apparenter au phacochère qu’à l’humain, mais elle semble néanmoins tirer parti de ses particularités physiques et mène une vie plutôt normale avec travail et mari. Malgré tous ses efforts pour s’assimiler à une société qui la repousse insidieusement, on sent bien qu’il lui manque quand même LE grand amour. C’est lorsque Vore, un homme aux traits similaires à ceux de Tina, passe devant elle à la douane, que ses capacités sont mises à l’épreuve pour la première fois. De savoir qu’elle n’est pas qu’une sorte d’aberration génétique mais qu’elle appartiendrait à une « race » relance la question de son identité. Et tandis que Vore et Tina vont inévitablement apprendre à se connaître et à se plaire, se pose de plus en plus la question de l’origine mystérieuse de ces deux créatures…
Cette étonnante histoire d’amour entre deux amoureux aux antipodes des stéréotypes glamour est le fruit d’une imagination bluffante. Seul le cinéma scandinave pouvait se permettre une telle audace visuelle et offrir de tels moments de lyrisme. La façon dont le réalisateur d’origine iranienne, Ali Abbasi filme leurs échanges et leurs ébats bestiaux devient encore plus fascinante lorsque Tina, qui a passé sa vie à faire abstraction de sa difformité et de ses pulsions animales, va finalement apprendre à les assumer et les explorer pleinement. Les scènes où ce couple répugnant part folâtrer nus dans la forêt pour picorer quelques vers de terre sont d’un romantisme fou (si, si !) et compteront d’ores et déjà pour nous parmi les grands moments de cinéma de 2019 ! Ce conte de fée nordique ne laissera personne indifférent. Si on pense bien évidemment aussi aux Freaks de Todd Browning, rarement des « monstres » de cinéma n’auront été filmés avec autant d’intimité et d’humanité. Une très très belle découverte.

LA BANDE ANNONCE DU FILM


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