LE FILM DU MOIS

"FÉLICITÉ"
Film français, sénégalais de Alain Gomis
(2017 - 2h03min - dcp)
avec Véronique Beya Mputu, Papi Mpaka, Gaetan Claudia...
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C’est le film qui vient de créer l’événement au Festival de Berlin. Ça faisait très longtemps qu’on n’avait pas vu un film africain de cette qualité. Un film de cette qualité tout court d’ailleurs ! Du cinéma, du vrai. Puissant, tant politiquement que formellement. Et si la relève du cinéma social anglais nous venait d’Afrique ? Et si Alain Gomis était le nouveau Ken Loach ? Comme Moi, Daniel Blake palmé à Cannes en 2016, Félicité ne raconte pas grand-chose et c’est pourtant tout !
Kinshasa, République démocratique du Congo, Félicité, est une vraie « Mama » qui élève seul son fils de 14 ans dans cette capitale électrique de dix millions d’âmes. Chanteuse de bar le soir, elle ne roule pas sur l’or, mais sa vie, pas toujours simple, est plutôt belle tant cette battante au fort caractère s’épanouit pleinement dans sa passion pour la musique. Quand Félicité chante, le monde entier s’arrête, pris dans l’émotion et la transe de l’interprète ! Sa vie bascule le jour où son rejeton est victime d’un grave accident de moto. Félicité le retrouve en vie mais cloué au lit dans un dispensaire miteux. Sans sécurité sociale aucune (une utopie pour le pauvre mais ultra libéral Congo), les médecins de l’hôpital local lui font bien comprendre que ça va lui couter un bras pour guérir son fils et ne pas l’amputer de la jambe. Un million de francs CFA ! Rien que ça ! 1520€, soit plus d’un an de salaire pour un congolais moyen. Ni une ni deux, Félicité se transforme en aventurière des temps modernes et part en quête de cette somme ahurissante. Son plan ? Elle n’en a pas vraiment… mais Kinshasa est le royaume de la débrouille et surtout, c’est une mère avec un grand M !
Ceci n’est qu’une première et superbe partie du film, en parallèle, presque en filigrane un second film se déploie, encore plus beau et fort. « Il y a deux côtés à la nuit », glisse un client du bar où Félicité travail : la nuit où l’on boit pour oublier cette vie de misère et la nuit des rêves, où l’on recherche dans la forêt son âme sœur. Félicité va l’a trouver son âme sœur en la personne de Tabu lui qui pourtant titube, éructe, tombe, se relève, drague et divague tous les soirs au comptoir. Ensemble ils vont apprendre à s’apprivoiser et vivre une histoire d’amour immense, puisqu’elle consistera surtout à accepter l’autre comme il est et même à exiger de lui qu’il ne change jamais.
On vous en dit trop ? Ne vous inquiétez pas, vous en découvrirez 1000 fois plus à l’écran tant cet objet filmique unique, assez dément, parvient à décrire si précisément et concomitamment le paradis et l’enfer. De mémoire de cinéphile, c’est l’un des plus beau portait de femme de l’histoire du cinéma. Rien que ça !

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