LE FILM DU MOIS DE SEPTEMBRE

“CEUX QUI TRAVAILLENT”
Film suisse, français de Antoine Russbach - (2019 - 1h42min), avec Olivier Gourmet, Adèle Bochatay, Louka Minnella...

Cadre supérieur dans une grande compagnie de fret maritime, Frank consacre sa vie au travail. Alors qu’il doit faire face à une situation de crise à bord d’un cargo, Frank, prend - seul et dans l’urgence - une décision qui lui coûte son poste. Profondément ébranlé, trahi par un système auquel il a tout donné, le voilà contraint de remettre toute sa petite vie si bien rangée et organisée en question…
Ceux qui travaillent est un film esthétiquement glaçant, sans artifice, cruel, presque irréel, où l’image d’une Genève de carte postale s’unit à des fragments entrevus d’open-spaces hypermodernes et déshumanisés. Frank - magistralement interprété par Olivier Gourmet - est l’antihéros de cette histoire aussi tragique qu’extrêmement réaliste. Celle, banale, d’un homme qui consacre sa vie au travail, un homme lambda qui comme tant d’autres est le produit de cette sacrosainte méritocratie, un homme normal qui a dû gravir les échelons pour en arriver là où il est, et ainsi pouvoir offrir à sa famille la vie toujours plus confortable que la société nous vend comme un idéal. Dans sa vie, il n’y a pas de place pour l’improvisation ou l’imagination. Chacun de ses gestes est scrupuleusement programmé, rythmé par une routine qui devient obsession. Seul le pragmatisme et un stakhanovisme masochiste méritent à ses yeux le respect. Notre (anti-)héros est prêt à tout pour maintenir le niveau de vie qu’il a atteint. Pour Frank, il existe deux factions opposées et incompatibles : « ceux qui travaillent » et ceux qui, au contraire, ne font que profiter d’un bien-être qu’au fond, ils ne méritent pas… L’homme versus la machine, agir versus ressentir, deux visions du monde qui s’opposent. Et le film de délivrer avec maestria sa mise en scène aussi puissante que glaçante, sans artifice, pour démonter de manière quasi fantasmagorique l’asservissement programmé à un système à bout de souffle.

LA BANDE ANNONCE DU FILM


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